Nazaria Tooj, danseur aux multicorps aiguisés

L’art est un monde qui fascine, passionne et qui avant tout attire les jeunes malagasy. Ils sont vus dans les rues de la capitale. Par manque d’endroits pour s’entrainer , ils vont se retrouver peu partout. Mais, où est la place des danseurs quotidiennement ? Qu’est ce qu’être un danseur du point de vue professionnel ? Peut on , effectivement, vivre de cette discipline ? Une des figures de la danse contemporaine, Nazaria Tooj va nous expliquer ce que c’est métier de milles dimensions.

Pouvez vous vous présenter , s’il vous plaît et nous expliquer ce que vous faites dans la vie ?

Je suis Nazaria Tooj, une représentation vivante de jeunes pleins de rêves et désireux que les choses changent. Je suis un artiste qui partage sa vision et ses idées à travers de créations chorégraphiques et visuelles. En résumé, je suis chorégraphe chez LABIBLIOTEKROZ.CIE et designer graphique en freelance.

Qu’est ce qui vous a poussé à faire cela ?

La passion de créer, c’est cela qui me fait vibrer. Je m’inspire de tout ce qui m’entoure, après je matérialise cela sur n’importe quel médium qui me parle à ce moment-là.

Un métier part il d’une principe de la vocation ou de la passion ?

Personnellement, tout ce que je fais en ce moment n’est aucunement prémédité. Le graphisme est le côté lucratif de ma vie, j’ai juste cherché quoi étudier pour garder ma fibre artistique et mon envie de création. La danse, qui est vraiment ma passion, je l’ai découvert à mes 17ans que je pratique en tant que semi-professionnel aujourd’hui. Parce qu’il est assez difficile pour moi de le pratiquer en tant que métier pour vivre.

Être un artiste dans votre domaine, est ce que cela se concilie avec votre travail?

Le monde du travail et la vie artistique sont vraiment deux pôles différents, pour moi, parce que l’un requière autant de temps que l’autre. La difficulté se pose plus quand tu as un régime 9-18 dans un local de travail, cela a vraiment freiné mes travaux de créations artistiques.

Quand est ce que l’art est un métier, quand est ce que c’est une passion ?

Je dirai que l’art est un métier quand tu le pratiques en tant qu’activité professionnelle. La passion, c’est le feu qui brûle en chacun, lucratif ou pas, ça reste une passion quand cela anime une personne.

Comment était le début de tout cela ? Qu’est ce qui vous a motivé pour suivre ce chemin?

Au début, c’était juste une activité pour combler les heures creuses. Mais, plus tard, c’est devenu un fort moyen d’expression, voire un besoin, parce que je suis une personne assez réservée et cela m’aide à plus extérioriser mes ressentis.

D’après vous quel est le rôle de l’art dans la société, si elle en a?

Comme on le dit bien en malgache, kolontsaina -culture ou soin de l’esprit- je pense que l’art a un pouvoir psychologique qui rend un individu meilleur, indépendant et plus expressif. Son rôle, je pense, c’est de pousser quelqu’un à être sa meilleure version.

Avez vous déjà eu le sentiment que la plupart des gens ne comprenait pas votre choix de métier ?

Beaucoup de gens ne comprennent pas ce choix de métier, surtout la danse. Même les personnes qui sont baignées dedans ont parfois une difficulté à l’accepter, puisqu’elle est encore considéré en tant que divertissement, amusement et parfois un sport assez fun. (Rires)

Qu’est ce qu’il faut pour convaincre dans le métier de l’art ?

Travailler dur et montrer un bon résultat. C’est cela que j’ai montré à ma famille pour qu’elle me prenne enfin au sérieux. Là, il y a juste une considération, mais pour vraiment convaincre, il faut encore plus. Et je pense avec la société la non-reconnaissance prend encore plus d’ampleur.

Que faites vous à part cela?

A part la danse, je gagne ma vie en tant que designer graphique en freelance. Cela fait bientôt 6 ans que je me suis immergé dans le métier du graphisme. C’est assez complémentaire à l’art parce que je n’ai pas perdu l’essence des créations malgré les demandes redondantes et les exécutions de tous genres.

Qu’est ce que cela vous fait d’être au centre de l’attention surtout lors d’une présentation ?

Je n’ai jamais senti être au centre de l’attention. Je ressens plus une sorte de dialogue lors des représentations, certes il faut de l’attention pour lire un travail chorégraphique contemporain, mais l’audience est plus dans la lecture des idées que la fascination de la personne sur scène, dans mon cas. Après un spectacle je ne suis pas une star que les gens rattrapent pour un selfie ou un autographe. (Rires)

La danse, l’art en général, est ce qu’elle a une place dans la société malagasy pour en faire un métier entier?

La place, il faut vraiment l’instaurer, parce que là je ne ressens pas une considération particulière aux métiers d’art, surtout ceux qui n’ont pas de produits finis consommables au quotidien.

Qu’est ce qui fait qu’à Madagascar les artistes de toutes les disciplines ont du mal à vivre de leur art? Quelle serait la cause , selon vous.

Aucun système ne favorise les métiers d’art. On est plus considéré comme des activités annexes ou ou juste pour épater la galerie.

Quel était le moment, l’événement qui vous a marqué et qui vous a fait dire "Je reste dans ce que j’aime faire?"

Je n’ai pas vraiment eu besoin d’argument pour me convaincre de rester. Je suis tombé dedans, j’y reste. Chaque moment de partage me marque, que ce soit les répétitions, la scène, les ateliers, les partages, il y a vraiment une sorte de bien-être qui m’habite à chaque fois que je danse.

Quel conseil donneriez vous aux jeunes qui aiment l’art et quoi veulent en faire un métier ? Allez vous les encourager ou les dissuader?

Persévérez, trouvez votre chemin, creuser dans vos passions et réalisez vos rêves. Bien entendu, ce sera difficile, les obstacles ne manquent pas ici, mais certains réussissent quand même à percer. Donc j’encourage tout le monde.

Qu’est ce qui manque à Madagascar pour vivre de l’art et tout ce qui concerne la culture ?

Les structures pour faire un travail en bonne et due forme. Un système qui fait que le travail d’un artiste puisse circuler facilement.
Un public qui comprenne la teneur du travail que fournisse chaque artiste.
Et bien d’autres encore que je laisse à mes paires pour composer la liste.