Razanamparany Andrianirina Raymond Bernard, DJ la nuit, entrepreneur le jour

Le travail est un mot qui attise bien la curiosité chez les jeunes malagasy surtout quand les plus populaires des professions locales sont celles assidûment étudiées dans les instituts et universités. S’ils ne choisissent pas des cursus « traditionnalisés » par tous, ils se retrouveront difficilement à choisir le métier qui dessinera leur avenir. Mais, ce n’est pas le cas de tout le monde, comme notre tête-à-tête du jour qui a opté pour l’autodidactisme pour vivre de sa passion.

Pouvez-vous vous présenter s’il vous plait et nous expliquer le choix de votre métier ?

Je suis Razanamparany Andrianirina Raymond Bernard plus connu sous l’appellation de « Tsy nampoizina Dj Bala ». Donc, je suis Dj de profession chez No Comment Bar Isoraka, donc à Antananarivo, et je travaille aussi comme entrepreneur. J’aurai 29 ans dans peu de temps et voilà. Vous l’avez posé cette question ou pas ? Rires. Pourquoi le choix de ce métier ? Déjà, j’ai toujours aimé animer depuis Manakara, ma ville natale, et j’ai été aussi souvent sollicité par des organisateurs pour leurs évènements et soirées.

Depuis quand faites-vous cela ?

Je ne sais pas trop. Cela fait tellement longtemps que je ne peux même pas me situer dans l’espace-temps. Rires. Je dirai depuis près de 10 ans. Mais, je n’ai jamais pensé faire cela comme travail, cependant la vie m’a amené là. Rires. Donc, voilà. C’est un métier qui demande beaucoup d’efforts physiques malgré qu’on nous voie souvent debout et toujours dans le rythme. Il faut une certaine endurance car être debout pendant des heures, cela ressemble à un entrainement de militaires quoi, si vous voulez. C’est assez fatigant.

Mais, qu’est-ce qu’être Dj finalement ?

Vous me posez des questions que je n’ai jamais pensé y réfléchir un jour. Quoique, je vais quand même répondre, selon mes expériences. Être Dj, ce n’est pas seulement faire danser, mettre de la musique, de l’ambiance, etc. ou bien scratcher comme certains confrères le font. Personnellement, je ne le fais plus. Je l’avais fait auparavant pareillement aux autres. Toutefois, avec le temps, on pouvait voir et comprendre que cela gênait les clients, l’assistance, parfois même, le boss car cela nuisait, disait-il à l’audition. Sauf qu’il faut être à l’écoute et avoir aussi de l’écoute.

En d’autres mots, connaitre, au préalable, ce que veulent les clients sans qu’ils aient à nous demander. Encore, on doit être à la hauteur des attentes de ceux qui sont venus pour la soirée, soit de savoir quel genre de profil on a dans la salle. On ne peut pas mettre le répertoire qu’on veut parce qu’on le veut. Ce n’est pas cela être Dj. Il faut aussi jouer un peu le sociologue. Si on a des clients plus âgés, on ne va pas leur mettre quelque chose qui va leur accélérer leur tension corporelle. Rires. Donc, cela va en fonction de l’audience. Mais, chaque personne de ce métier a son propre style.

Vous avez dit qu’il faut être un peu sociologue, mais les gens qui vont dans vos soirées, ils veulent plus se détendre, n’est-ce pas? Y a-t-il une formation pour faire ce métier?

Certes. Mais, quand j’avais animé dans ma propre émission à la Radio RLI Fm avant, c’est par rapport à ce que les demandes des auditeurs que je faisais passer les sons, comme on dit. Et, il y a aussi ce créneau de mettre telle ou telle musique à une telle heure. Ainsi, le Djing en soirée privée, en boite, au bar, est assez différent de la radio. Car les clients ou les auditeurs ne sont pas toujours les mêmes. De ce fait, il faudra constamment suivre la cadence suivant les personnes qu’on a en face.
Autrement dit, ce n’est jamais figé. Pourtant, c’est, tout à fait naturel, que les gens veulent se détendre tout en profitant de la bonne musique et de la bonne ambiance. Et je voudrais insister sur ce point, mettre de l’ambiance n’est pas forcement mettre de la musique mouvementée. On peut être très bien à l’aise avec un répertoire bien reparti.

Dans mon cas, je n’étais pas formé, formé. J’avais plutôt une sorte d’auto-formation car j’ai aussi une famille de musiciens, et je joue de la guitare. Je l’ai appris dans le tas comme ça. Mais, avec le temps, j’ai du travailler plus pour être parmi les plus sollicités.

Très bien, vous avez dit que vous étiez également entrepreneur, qu’est-ce que cela implique ?

Beaucoup de choses. Parce que, figurez-vous que la vie actuelle est très chère. On a la passion, de côté, et on a aussi cette envie de faire autre chose, dans l’autre. On n’aura pas toujours aussi la force de la jeunesse pour faire danser les gens. Il y avait un moment où avec les confinements, etc. le travail du Dj s’est arrêté de jour au lendemain. Il fallait, alors, trouver autre chose pour subvenir aux besoins de la famille, donc, dans le domaine du commerce. C’était défiant car le monde de la nuit et celui du jour sont complètement différents. Rires. Mais, je l’ai quand même déjà fait, il y a des années de cela. En conséquence, c’était comme revenir au bercail, comme on dit. Rires.

Après confinement, votre vie professionnelle, en était où ?

Ah. Je ne vous le dis pas. Car, j’avais des matériels de Dj que j’ai dû vendre pour le petit commerce que j’étais en train d’entamer. Le retour au-devant de la scène était très difficile, car mon corps était en stand-by pendant presque deux ans. Il ne pouvait plus suivre le rythme de la nuit. Donc, pour le retour, j’ai dû sacrifier, « resacrifier » mon sommeil. Mon physique était à bout. Ma santé se fragilisait, mon ouïe était très sensible à la moindre augmentation de volume.
Je devais rattraper mes nuits blanches durant des jours. Donc, j’étais Dj pendant 4 jours dans la semaine et les trois jours, ben je dormais. Fous rires. Même, je ne connaissais presque plus la tendance musicale. C’est triste pour un Dj, je vous assure. J’en rigole, mais ce n’était pas facile du tout. J’ai dû, subséquemment, réactualiser mon mémoire pour revenir en force au métier qui me forgeait depuis.

Vous l’expliquez avec tant d’émotions. Comment, alors, jongler entre vie de nuit et de vie de jour ?

Aujourd’hui, j’essaie de trouver un juste milieu de tout cela car ce n’est jamais facile de chevaucher deux chevaux en même temps. Mais, travailler demande aussi beaucoup d’efforts, de volonté, et surtout de la patience. On peut être le roi de la nuit en étant Dj, mais les clients demeurent le pilier de ce monde-là.

Il y a déjà des Dj malagasy qui sont aussi des Beatmakers et collaborent avec des artistes locaux, pourrons nous espérer voir Dj Bala devenir le prochain David Guetta ?

Rires. Vous savez la quasi-totalité des Dj aiment mixer les sons. Ils signent après un bon mixage avec leur phrase culte « Dj tel aux platines », etc. Et la plupart d’entre nous aussi sont des beatmakers, et j’en suis un. J’ai déjà travaillé avec des artistes locaux à Manakara, mais je pense que cela ne s’est pas élargi jusqu’ici. Rires. Je fais beaucoup de créations et je chante aussi. Mais, chaque chose en son temps. Le prochain David Guetta ? Je ne le pense pas. Il y a déjà des Dj malagasy qui assurent de ce côté-là. Pour mon cas, j’ai d’autres projets à réaliser.

Néanmoins, je vais faire le peu que je pourrai pour que les gens prennent ce métier au sérieux, car beaucoup d’entre nous arrivent bien à se faire un nom, à réussir dans cette voie-là.
Mais, il y a également ceux qui peinent à vivre avec. Car, ce n’est pas tout le monde qui trouve l’importance du métier de Dj à Madagascar. Par comparaison, à l’étranger, c’est un vrai métier payant des impôts, etc. C’est aussi le souci dans ce pays, on aime beaucoup sous-estimer les métiers qu’on ne connait pas ou qu’on connait seulement de visu. On n’est pas là seulement pour l’ambiance, mais c’est beaucoup plus que cela.
Par exemple, cela réchauffe le cœur de voir des jeunes de ma ville natale qui excellent dans le métier de Dj, car ils m’ont vu le faire. On peut dire qu’il y aura toujours de la relève. Il faut, alors, pencher sur la question de la professionnalisation pour ne pas laisser ces jeunes à leur propre sort et suivre le chemin de profession qu’ils veulent. Mais, comme je l’ai dit, il faut aimer ce qu’on fait.

Avez-vous un conseil à donner à nos lecteurs ou un message à ceux ignorant le monde du double travail ?

Je ne pense pas être le seul à faire plusieurs travails en même temps. Quoique, pour le milieu du Djing, il faut être à l’écoute. Il faut suivre la tendance car la technologie évolue à chaque seconde. Le choix musical des clients évolue aussi. Donc, voilà. Pour le métier de l’entreprenariat, il suffit d’un tout petit pas pour réaliser des grands pas. Je les fais encore ces pas jusque-là. Il faut être prêt pour avoir une vie chamboulée, mais qui en vaudra la peine. Croyez-moi et surtout croyez en vous.