Viviane Rahariniaina, une cheffe d'entreprise en btp aux multiples cordes à son arc

Dans le monde du travail, la question du genre a toujours été au centre du débat. De cas général, les femmes se retrouvent constamment négligées sur leur capacité de diriger. Parfois même, elles doivent faire plus pour prouver qu’elles en valent la peine. Cependant, quand est-ce qu’un métier est fait pour une femme et quand est ce qu’il est fait pour un homme ? La question ne se pose pas pour Viviane Rahariniaina qui a brisé toutes les règles pour faire le métier. Ne manquez aucune ligne de cette conversation enrichissante.

Présentez-vous s’il vous plaît ?

Je m’appelle Viviane Rahariniaina. Je suis mère de famille de deux enfants, entrepreneure en BTP, activiste sociale et étudiante en Master 2 en développement humanitaire. Je suis également présidente régionale d’ Antsinanana (région est de Madagascar) de l’Association « Tesaka Miray le Miray maigny », et coach en entrepreneuriat des jeunes ,etc.

Pourquoi etc.?

Et bien, vous savez, je fais tellement plusieurs choses en même temps que je ne saurai vous les citer toutes. (Rires).

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Le secteur du bâtiment & génie civil me permet de construire un ouvrage en relevant constamment des défis, impliquer des mains d’œuvre parmi lesquelles des jeunes de mon quartier Verrerie, à Toamasina dont beaucoup sont désœuvrés. Je les responsabilise par le travail.

Que faites vous à part cela ?

Je m’implique dans des actions sociales notamment des œuvres associatives, l’encadrement des jeunes, la promotion de droit de la femme et la lutte contre les violences faites aux femmes. Actuellement, j’ai pu initier un projet en fondant « Fleurs éveillées », un centre d’accueil des enfants déshérités et des femmes victimes d’abandon ou de violence.

Vous êtes dans le milieu du BTP, en tant que femme, quels en sont les défis ? Et en quoi consiste ce travail ?

Le milieu étant constitué par la gent masculine et fortement marqué par des hommes. La concurrence pour se voir attribuer des marchés à la base des travaux répondant aux attentes des clients et surtout aux normes, il faut une certaine approche innovante, une assurance qualité et le respect du délai imparti afin d’attirer de nouveaux clients, il faut de la recherche appliquée.
Le travail consiste à répondre à un cahier de charges très précis concernant des travaux de construction de maisons d’habitation, de magasins, de ponts, et tous travaux connexes, ouvrages en bois, en béton, en matière synthétique.

Etre une femme dans ce milieu vous a-t-il demandé plus d’efforts ? Y a-t-il vraiment un métier genré ?

Au début, il fallait s’appliquer et s’investir beaucoup pour assurer la bonne exécution du planning, la supervision, le contrôle des ressources humaines et des tâches accomplies sans parler des activités administrative, commerciale, prospection des meilleurs fournisseurs, et sans oublier la banque. En tant que femme, concilier ce volume travail avec la vie familiale est plus accentué que pour les hommes.
J’ai toujours été convaincue que les femmes peuvent rivaliser avec les hommes. Un travail de genre n’existe pas à priori tant que les moyens alloués permettent de mener à bien les projets. Donc, un travail spécialement pour les hommes est plutôt les tâches où les muscles sont grandement sollicités.

Qu’est-ce que vous aimez ou pas dans ce métier ? Quel était l’élément déclencheur de tout cela ?

Le leadership parmi une population masculine dans ce milieu. C’est un catalyseur qui me pousse à me surpasser. Par ailleurs, réaliser un projet bien fait qui donnera satisfaction aux clients lesquels vont me recommandera à leur réseau de connaissances, c’est une consécration.
C’est plutôt par hasard. C’est après mures réflexions sur la possibilité de gagner ma vie, offrir un habitat décent aux gens et vouloir relever un défi dans un cercle fortement masculinisé.

Quelle était la situation que vous avez plus maîtrisée et celle qui vous a fait perdre tous vos moyens ? Quel était l’événement qui vous a marqué ?

La négociation et la finalisation des préparatifs avant l’entame des travaux. La gestion des ressources humaines réfractaires, le changement brusque par rapport au plan initial. Le client difficile existe, mais heureusement pas souvent.
La construction d’un pont, la première fois où le risque était vraiment majeur compte tenu des aléas, mais j’ai tenu la dragée haute, je l’ai réalisé pour le compte d’un client intentionnel. Ce fut un événement spécial.

Vous faites partie de ces femmes d’Antsinanana qui font bouger les choses ? De quoi il s’agit exactement ?

Faire bouger les choses dans un délai positif, secouer la communauté à travers un engagement social marqué par un leadership visible, pas souvent facile à cause du barrage mental et de la tradition. Il s’agit de proposer un projet ou créer un événement ayant trait à l’entrepreneuriat pour stimuler les jeunes surtout la gent féminine à entreprendre au sein d’une plateforme ou un cercle ou une association où l’on s’emploie à promouvoir la culture entrepreneuriale comme levier de développement.

Comment trouvez vous le milieu de l’entrepreneuriat à Madagascar ?

L’entrepreneuriat est tributaire de plusieurs paramètres dont la conjoncture politique et le contexte économique national et international. La situation est très tendue avec la pandémie ayant entraîné un ralentissement de l’économie. Les marchés s’amenuisent, la flambée des prix est telle que l’entrepreneuriat du moins dans le secteur de BTP est difficile. A côté, l’Etat peine à proposer des solutions incitatives sinon une politique de relance pour alléger les charges, et partant à donner l’égalité de chance pour entreprendre dans un environnement de concurrence saine et loyale.

Qu’est ce qui est défiant dans le vie d’une femme chef d’entreprise ? Quel est le secret d’une femme qui doit faire tout en même temps ?

Pour être sincère, tout. Tout est défiant. Je ne saurai vous dire ce que c’est ce « tout », mais il faut le vivre, le subir de plein fouet, il faut l’expérimenter pour le comprendre. Parce qu’il faut l’avoir connu pour pouvoir bien l’expliquer, mais chaque entrepreneur sait ce que c’est et c’est toute une montagne de chapitres. (Rires).
Le secret ? Y a-t-il vraiment un secret ? Est-ce qu’un secret se dévoile aussi ? (Rires). Je dirai toujours le travail, la persévérance. Aussi, c’est la capacité à s’organiser, l’autodiscipline et la confiance en ses collaborateurs, le respect du planning.

Si vous devez résumé votre parcours professionnel, que diriez-vous à l’ancienne vous ?

Aha ! C’est très intéressant, je ne m’attendais pas à celle-là. (Rires). Je lui dirai que l’attente des autres nous oblige à faire des choix hors nos principes. Elle peut nous forger, mais peut également nous désorienter. Je suis assez contente qu’on ait choisi une activité pour laquelle l’on n’éprouve pas totalement de la passion, mais qu’on a tout de même pu surmonter et en faire notre véritable métier. En outre, je te remercie d’avoir vu grand et loin, et que le prix des efforts assidus fut une réussite. Surtout continuons de nous former, de nous intégrer au différent réseau professionnel.

Y a-t-il un eu un moment où vous vouliez baisser les bras ? Qu’est ce qui vous motive le plus dans votre vie quotidienne ?

Sincèrement, lorsque les travaux peinent à avancer à cause de comportement de ressources humaines irresponsables. C’est parfois décevant. Il y a aussi la difficile conciliation entre la vie d’une femme chef d’entreprise qui sacrifie la vie de famille, mais qui continue quand même car espère pouvoir changer les choses et offrir des meilleurs futures à la prochaine génération dont ceux de mes enfants. Quotidiennement, c’est être utile pour les jeunes ou la communauté et pouvoir apporter mon humble part de briques à l’édifice du développement de la nation, la passion du travail.

Que diriez-vous aux gens qui veulent entreprendre et qui veulent réussir par leurs propres moyens ?

Il faut, d’abord, être convaincu de ce que l’on veut faire et avoir confiance en soi. La peur n’a pas non plus sa place car entreprendre rime avec audace et combativité. Avoir aussi une vision claire sur son métier et ses contraintes car réussir en tant qu’entrepreneur exige une capacité de résilience devant les nombreux défis quotidiens qui pourraient éloigner les résultats attendus.

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